Critique Film

ATOMIC BLONDE : Un vestige de la guerre froide ★★★☆☆

Malgré une envie de trop bien faire handicapante, treatment le co-réalisateur de John Wick revient avec un divertissement jubilatoire et excitant.

Suite au succès des John Wick, order le studio 87Eleven, fondé par les deux anciens cascadeurs Chad Stahelski et David Leitch, est en train de trouver une place réjouissante au sein de l’industrie hollywoodienne, en mettant au cœur de ses dispositifs la fabrication exigeante et complexe de scènes d’action de plus en plus bâclées par la concurrence. Spectaculaires par leur écriture soignée et la clarté d’un découpage technique qui ne triche pas, ces séquences marquent désormais le sceau qualitatif d’une marque qui n’est pas sans rappeler l’artisanat hongkongais des années 80-90. Atomic Blonde, le nouveau-né du groupe, entre parfaitement dans cette description, quitte à décevoir par son manque d’originalité. Keanu Reeves laisse ici sa place à la fantasmatique Charlize Theron, espionne britannique oscillant entre l’agent secret redoutable et la femme fatale de film noir dans un Berlin tourmenté à l’heure où le Mur promet de chuter. Ce contexte, trop peu exploité par le cinéma américain, se révèle fascinant malgré les tics évidents de son réalisateur, qu’il s’agisse de la photographie contrastant la désaturation avec les néons de boîte de nuit, ou encore un scénario prétexte à de la baston jouissive.

Cependant, là où les pérégrinations de John Wick profitent de leur postulat volontairement grotesque et simple, afin de développer un univers aux confins d’un irréel plus virtuel que tangible, Atomic Blonde tente de jouer la carte du terre-à-terre plus âpre comme pour donner une crédibilité supplémentaire à ses scènes d’action. Le visage envoûtant de son héroïne se trouve rapidement marqué par les coups, appuyant la violence rendue plus abstraite chez son homologue masculin. Le propos féministe évident du long-métrage, qu’il met en filigrane avec plus ou moins de finesse (pour montrer son indépendance, il fallait évidemment la rendre lesbienne) gagne malgré tout en puissance car Leitch désamorce de nombreux clichés d’un genre régi par les hommes, notamment dans la simplicité jamesbondienne avec laquelle ils peuvent accomplir une mission. Ici, Lorraine Broughton donne de sa personne à chaque instant et cache sa souffrance derrière une indifférence feinte, soulignant de facto la manière dont la société rend plus difficile l’émancipation d’une femme, dans un monde de concours de quéquettes. Par ailleurs, ce danger constant donne plus de force aux enjeux du film et surtout de satisfaction dans la victoire de son personnage. Il est donc assez décevant de voir l’ensemble ralenti par une intrigue inutilement compliquée, qui déséquilibre parfois le rythme plus soutenu qu’a su trouver le studio avec l’épure de ses précédents scripts.

Néanmoins, Atomic Blonde sait s’amuser avec la dangerosité de son univers, perclus d’agents doubles et de fausses identités. Le corps, cette enveloppe qui n’abrite que les mensonges de chaque être, devient alors le seul élément que les personnages ne peuvent manipuler et dont ils ne peuvent falsifier les capacités. L’héroïne comme le réalisateur se lancent alors dans une ode à sa pureté, à sa beauté dans les mouvements soignés qu’il est capable de réaliser. David Leitch offre une poésie particulière au sens de ses combats, et par la même occasion souligne l’importance d’une exécution exemplaire et réfléchie afin d’enrichir ce sens. Ce nouveau chapitre de 87Eleven confirme ainsi la volonté du studio de réveiller les consciences par un artisanat qui ne devrait pas être dépeint comme de la nostalgie. Sa sincérité et son savoir-faire de plus en plus délaissés permettent au long-métrage de livrer à son public le fun qu’il peine à trouver ailleurs, et si son contexte semble appuyer un aspect passéiste, Atomic Blonde n’est pas tant une œuvre anachronique qu’un film tentant de combattre la médiocrité de son époque.

Et si le film veut parfois trop en faire, au point de forcer certains de ses effets « cools », il est évident qu’il comporte certaines des séquences d’action les plus jouissives de l’année, jubilatoires par la seule passion de ses équipes qui transparaît à chaque image. Trop heureux de pouvoir expérimenter, Leitch nous donne le sourire à chaque idée badass, ne serait-ce qu’en pensant à quels objets du quotidien son personnage va pouvoir transformer en arme (mention spéciale à l’utilisation d’un tuyau d’arrosage). Mais Atomic Blonde risque surtout de donner une érection à tout fan de cinéma d’action grâce au tour de force que son réalisateur se permet en cours de route, à savoir un plan-séquence magistrale d’une quinzaine de minutes, passant d’un fist fight dans une cage d’escalier à une course-poursuite endiablée avec une fluidité renversante. Ce modèle d’immersion et de tension, qui nous laisse profiter de tout le talent de Lorraine en la voyant enchaîner ses opposants, s’avère évident dans la profession de foi du cinéaste, toujours à la recherche de la mise en scène la plus lisible possible, ainsi que dans l’iconisation d’une nouvelle figure de l’espionnage musclé qui n’a rien à envier aux modèles du genre. Certes, l’essai n’est pas totalement transformé, mais voir un petit studio droit dans ses bottes parvenir, avec un budget serré, à imposer un cinéma old-school tout en cherchant à le réinventer par petites touches est déjà suffisamment satisfaisant pour être défendu.

Réalisé par David Leitch, avec Charlize Theron, James McAvoy, Sofia Boutella

Sortie le 16 août 2017.

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ATOMIC BLONDE : Un vestige de la guerre froide ★★★☆☆

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