Critique Film

AGENTS TRÈS SPÉCIAUX : CODE U.N.C.L.E. : La classe bondienne ★★★☆☆

Un sympathique film d’espionnage rétro.

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Depuis le début de sa carrière, Guy Ritchie divise les critiques. Si certains ont permis à ses premiers thrillers d’être érigés au rang d’œuvres cultes, d’autres lui reprochent de privilégier le fond à la forme dans une mise en scène stylisée, parfois ostentatoire, héritée de ses débuts dans la pub. A ne pas s’y méprendre, Agents très spéciaux : Code U.N.C.L.E. confirmera ce fossé en étant un pur film du cinéaste, dans ses bons comme dans ses mauvais côtés. Adapté d’une série télé des années 60, le long-métrage ne repose finalement que sur son concept original : l’association forcée d’un espion américain et d’un espion russe en pleine Guerre froide, dans le but de contrer une menace terroriste aux relents nazis. Le scénario est évident et passe par les codes inhérents du genre, mais il se distingue des nombreuses décalcomanies des anciens James Bond par son style, ou plutôt du style. Tout comme Sherlock Holmes, il est question de réactualiser et de dynamiser une élégance old-school, nostalgique, voire obsolète. Ritchie assume sa vision des sixties telle qu’on peut la fantasmer. Il met en avant sa reconstitution rayonnante, qui contribue fortement au charme de l’ensemble.

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Agents très spéciaux a donc pour principale mission d’appâter le spectateur par sa classe, quitte à légèrement lui jeter de la poudre aux yeux pour cacher les quelques faiblesses de son script. C’est en même temps un véritable parti-pris, une envie de recul avec son sujet qui fait mouche, malgré une tendance à la complaisance. L’attachement et l’admiration qui se créent pour Napoleon Solo (Henry Cavill, le Superman de Man of Steel) et Illya Kuryakin (Armie Hammer, très touchant) proviennent de leur assurance perpétuelle, à commencer dans la première scène d’action du film, une évasion de Berlin-Est dont la nervosité contraste avec la décontraction de l’un (l’Américain) et le sérieux imperturbable de l’autre (le Russe). Conscients qu’ils sont des archétypes de fiction, ils se mettent alors eux-mêmes en scène, comme si le réalisateur s’effaçait pour accentuer la connivence avec le spectateur. Code U.N.C.L.E. n’est jamais très loin de briser le quatrième mur quand les deux héros jouent les chefs costumiers en débattant sur la ceinture que doit porter leur protégée (la talentueuse Alicia Vikander), afin d’assortir avec sa robe et d’assurer sa couverture ; ou encore quand Solo s’allonge confortablement sur un canapé en sachant que son verre a été drogué, plutôt que de suivre le cliché de la chute due à l’évanouissement.

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Mais au-delà de son aspect malin un peu potache, le métrage sait s’impliquer pour livrer des personnages solides aux relations complexes. Certes, l’humour reposant sur l’opposition entre les espions est assez classique (surtout quand ils se lancent dans un concours d’égos). Néanmoins, il demeure suffisamment efficace pour amuser, notamment lorsque Ritchie use des clichés que chacun représente pour mieux les remettre en question. Grâce aux codes du buddy movie qu’il n’hésite pas à embrasser, il permet à ses protagonistes de s’épaissir, et de montrer leurs failles. Encore une fois, cela passe plus par ses talents de metteur en scène que par le scénario. Outre l’emploi du split-screnn (très prisé dans le sixties) qui appuie la scission des deux agents et leur rapprochement, le cinéaste crée de nombreux jeux avec l’arrière-plan, la plupart du temps comme ressort comique quand un événement se déroule dans le dos d’un personnage. Il faut savoir regarder au bon endroit pour fuir les apparences, et c’est également ce que vise la narration de Guy Ritchie par ses anti-climax, bien loin des attentes que peut procurer un James Bond-like. Le point de vue le plus classique n’est pas forcément le plus intéressant, comme en témoigne la meilleure scène du film où une course-poursuite en bateau n’est vue qu’au travers des reflets de vitres, tandis que l’un des personnages la regarde blasé, en train de grignoter un sandwich. Avec un certain panache, Agents très spéciaux se moque ainsi du catastrophisme des blockbusters modernes, quitte à parfois manquer d’enjeux. Loin des risques de fin du monde et loin de la destruction massive, il n’existe que par l’élégance revendiquée de son auteur. Et au milieu de la lourdeur généralisée des productions hollywoodiennes, il faut admettre que c’est rafraîchissant.

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