Critique Film

A MOST VIOLENT YEAR : Les faux-semblants du capitalisme ★★★★☆

Un thriller incisif et prenant qui cache bien son jeu.

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Pour dénoncer les travers du rêve américain, le film de gangsters est une valeur sûre, à tel point que le genre en est devenu assez galvaudé, trouvant des difficultés à se renouveler ces dix dernières années depuis les passages remarqués de Michael Mann et Nicolas Winding Refn. J.C. Chandor, conscient de ces codes, parvient à les exploiter pour créer une véritable interactivité avec son public. En clair, il les détourne un à un, nous faisant croire que nous savons ce qui nous attend, pour finalement nous prouver que nous avions tort. On peut même voir en A most violent year une antithèse du film de gangster, malgré le contexte de son histoire, qui nous décrit le New-York de 1981, année où la ville a subit un impressionnant pic de criminalité. Abel Morales (Oscar Isaac) travaille dans le pétrole, et s’apprête à acquérir un terrain qui lui promet l’expansion. Si ce n’est que ses camions-citernes sont souvent braqués, qu’un procureur (David Oyelowo) lui cherche des noises et que sa femme (Jessica Chastain) cherche à revenir aux méthodes peu orthodoxes de son père criminel.

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Face à une telle accumulation de problèmes, nul doute que de nombreux personnages de fiction (et pas que de fiction d’ailleurs) se seraient laissés tenter par les joies de l’illégalité. Mais Abel veut rester intègre, honnête. Pour lui, le gangster est un lâche, un cliché de cinéma (il le dit lui-même) qui ne peut que lui causer encore plus d’ennuis. Il va donc devoir lutter contre ce qui semble être devenu une normalité, dans un univers qui l’assaille de tous les côtés. Les ombres se rapprochent, ternissent cette Amérique de carte postale, comme le suggère la lumière absolument magnifique de Bradford Young. C’est d’ailleurs par ce sens soigné de la mise en scène et par le déroulé de son récit que A most violent year parvient à créer une véritable tension. Malgré son rythme volontairement lent (mis à part une fusillade et une course-poursuite très bien réalisées), le film nous tient en haleine tout du long par son MacGuffin, à savoir le paiement pour l’obtention de la raffinerie.

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Là encore, le réalisateur se réapproprie savamment les codes, se détournant du traditionnel rise and fall à l’américaine. En réalité, A most violent year est même encore plus tragique. Au sein de ses décors enneigés, faussement immaculés, la caméra fait ressortir la misère de certaines structures et la froideur de la richesse. New-York semble alors prendre vie, avec la description de ses diverses humeurs et de son système veineux, les routes, sur lesquelles communiquent par radio les camions-citernes. Chandor réussit dès lors le pari, comme tout bon film noir, d’offrir une véritable galerie de personnages (la ville comprise), en sachant capter les moindres mimiques de son épatant casting. Si Oscar Isaac n’a désormais plus rien à prouver (au-delà du fait qu’il est définitivement le fils spirituel d’Al Pacino), Jessica Chastain nous montre une nouvelle fois toute l’étendue de son talent (et de son charme), malgré un certain manque de visibilité à l’écran.

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S’il ne parvient pas toujours à se délester de ses modèles, A most violent year est un long-métrage qui a tout compris du pouvoir symbolique de ses figures. Vision presque rêvée du bon petit capitaliste, Abel va pourtant découvrir à ses dépens que le système fonctionne avant tout pour ceux qui le provoquent et le détournent. Tout comme son personnage, le film tente de contenir sa rage, pour ne faire éclater sa violence que vers la fin de son histoire. Par la puissance de son montage, par la maestria de sa mise en scène et la complexité de ses protagonistes, J.C. Chandor finit par personnifier la cruauté carnassière de l’invisible, pourtant sa principale cible : le libéralisme. Sans pour autant se poser en nouveau pionnier du genre, de par certaines références mal digérées, A most violent year confirme que son cinéaste peut se placer en artiste majeur du néoclassicisme.

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